Congrès 2022
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Un, cent, beaucoup
Prix ANCP 2021

Association professionnelle agréée par le ministère de l'Éducation nationale (JO 24 juillet 2020)

L’ANCP a forgé l’identité des Conseillers pédagogiques

 

L’acte de naissance de la fonction

Dans les années 50, 60 et même 70, 3 institutrices et instituteurs sur 4 ne passaient pas par l’Ecole Normale et débutaient après le baccalauréat sans aucune formation initiale. C’est dans ce contexte qu’un extrait d’une circulaire ministérielle du 27 octobre 1960 et publiée au B.O. N° 31 du 10 novembre 1960 signée par Monsieur LEBETTRE, Directeur des enseignements élémentaires et complémentaires, pour le Ministre et par autorisation précise : «  J’envisage . . . . d’autoriser l’affectation à certaines d’entre elles (circonscriptions primaires) d’un maître déchargé de classe qui exercera auprès des jeunes débutants les fonctions de conseiller pédagogique itinérant. » On peut dire que ces lignes sont la ratification de l’acte de naissance officiel de la fonction « Conseiller pédagogique ».

Des textes fondamentaux

Dans la droite ligne de ce texte fondateur je retiendrai trois circulaires essentielles :

  • La création de postes de conseillers pédagogiques : « Ils auront essentiellement pour mission d’assurer le perfectionnement pédagogique de maîtres remplaçants de l’Enseignement public» (Circulaire du 10/02/1961 parue au B.O. N°8 du 23/02/1961)
  • L’institution du Certificat d’aptitude à l’enseignement dans les écoles annexes et les classes d’application, le CAEA (Décret N° 62-796 du 10/07/1962). Cet examen sera nécessaire pour postuler à un poste de Conseiller pédagogique. Par contre, après trois ou quatre années, l’appellation conseiller pédagogique devient maître itinérant d’école annexe.
  • La création des conseillers pédagogiques départementaux pour l’E.P.S. (Circulaire 949 EPS/3 du 01/06/1961 et du 08/07/1963).Il faudra attendre la Circulaire N° 69-897 B du08/12/1969 parue au B.O. N° 48 du 18/12/1969 pour la mise en place pour l’E.P.S. des conseillers pédagogiques de circonscription.

En mars 1961, les premiers conseillers pédagogiques sont nommés. Sur le plan administratif, tout se fait de manière chaotique : rien n’est encore arrêté pour leur rémunération, l’isolement dans une fonction inconnue est parfois un facteur inquiétant. La nécessité se fait sentir de se regrouper par départements et ensuite de créer une coordination sur le plan national.

Un fort besoin de s’unir

Les conseillers pédagogiques, en recherche d’identité, fondent l’Amicale nationale des conseillers pédagogiques, avec le sigle ANCP

Ainsi, avec 134 adhérents répartis dans 53 départements portés déjà par une équipe résolue et motivée, la création de l’A.N.C.P. est déclarée à la Préfecture de la Vienne et son inscription est publiée le 30 juillet 1965 dans le N°174 du Journal officiel de la République avec le libellé suivant : « Amicale nationale des Conseillers pédagogiques . But : entretien de relations de camaraderie entre ses membres ; défense de leurs intérêts moraux et matériels.

Mise en place d’une structure : organisation de la vie associative, ancrage territorial, projets

L’ANCP se dote de statuts qui fixent ses objectifs et son fonctionnement dont les modalités sont précisées dans un règlement intérieur. Sa volonté est d’avoir un conseil d’administration représentatif de toutes les académies avec des commissions dont la spécificité permettra d’élaborer propositions et dossiers. Consécutivement se met en place un réseau territorial s’appuyant sur des délégués académiques qui siègent au conseil d’administration ainsi que sur des responsables départementaux. C’est par cette dynamique s’appuyant sur le terrain et cette mise en synergie que l’A.N.C.P. assure rapidement son ancrage et son développement. Ouvrant une perspective avec une équipe ambitieuse, dévouée, opiniâtre et courageuse, elle atteint rapidement 1400 adhérents. Ses objectifs, clairement affichés, mettent en avant ses revendications essentielles : dénomination « Conseiller pédagogique », classement indiciaire au niveau des Directeurs d’Ecole annexe.

Elle met tout en œuvre pour mutualiser recherches et expériences avec la création de la revue « Echanges » qui sera une vitrine de ses travaux pédagogiques. Un congrès annuel ouvert à tous les adhérents, comportant un colloque de deux journées, est institué. S’inscrit dans ce cadre un salon du manuel scolaire et du matériel pédagogique, moment de rendez-vous avec la plupart des éditeurs français. Dans les départements, des journées sont organisées et conduisent à la production de documents. Dès 1970, l’ANCP a   encouragé ses adhérents à participer aux différentes structures de recherche se mettant en place.

Des avancées significatives de 1973 à 1975 avec des mesures concrètes

Il aura fallu attendre 12 à13 ans pour parvenir, avec la circulaire N° 73-508 du 29/11/1973 à la définition des fonctions des instituteurs participant à la formation des maîtres. Cette circulaire, appelée circulaire DEYGOUT du nom de son signataire, précise, pour cette période, les missions des conseillers pédagogiques et il faudra attendre 1996 pour avoir une nouvelle définition des missions en adéquation avec toutes les transformations survenues dans le recrutement et la formation. Un arrêté du 15/05/1975 paru au B.O. du 12/06/1975 apporte une réponse indiciaire après 15 années d’exercice en assimilant les conseillers pédagogiques aux directeurs d’écoles annexes classés dans le groupe II. C’est une reconnaissance.

Ayant atteint ce cap, Edmond JAUNET, alors président, pouvait écrire : « Fidèle à ses statuts, notre association a en effet largement dépassé le cadre habituel des organismes corporatifs pour devenir ce que RENAN appelait une âme. »

Les évolutions au fil des ans

Le CAEA (Certificat d’aptitude pour enseigner dans les écoles annexes) est remplacé par le CAFIMF par décret N° 85-88 du 22 janvier 1985.

En Mai 1987, une nouvelle étape est franchie. L’amicale nationale des Conseillers pédagogiques devient l’Association nationale des Conseillers pédagogiques. La nouvelle dénomination semble mieux adaptée au dialogue avec les partenaires. Elle est le reflet d’une évolution nécessaire et tend aussi à mieux définir et finaliser les objectifs de professionnalisation du Conseiller pédagogique.

Dans le cadre du reclassement dans le corps des professeurs des écoles (Article 29 du décret N° 90-680 du 1er août 1990), les conseillers pédagogiques perdent l’alignement indiciaire obtenu en 1975 (Arrêté du 15/05/1975). La bonification indiciaire de 41 points, déjà rognée en 1988, est purement et simplement retirée alors que les directeurs à 10 classes conservent leurs 40 points. La crainte est que la profession perde de son attractivité.

En 1996, après demandes répétées et notamment à la suite de l’audience obtenue le 24 mai 1994 auprès de François BAYROU, alors Ministre de l’Education nationale, l’ANCP perçoit une avancée, certes insuffisante, avec :

  • La note de service 96-107 du 18/04/1996 nous reconnaissant comme « profession » avec la dénomination « Conseiller pédagogique de circonscription ».
  • La reconnaissance comme partenaire de formation dans les stages nationaux et l’inscription dans le P.N.F. (Plan national de formation).
  • L’obtention, dans un premier temps, d’une bonification indiciaire de 27 points dans la perspective de retrouver les 41 points supprimés.

L’ANCP, pilier de la profession.

Les moments de rencontre à l'ANCP départementale sont pour les conseillers le moyen d'accompagner sereinement la mutation de l’école, le moyen d'effectuer au mieux leurs missions. Les rencontres avec les collègues, les discussions, les échanges, les mutualisations, sont des temps importants, des temps de respiration indispensables. Chacun se fait  un devoir de participer aux rencontres, aux réunions, aux  actions.

La fonction de conseiller pédagogique certes intellectuellement enrichissante l'est devenue de moins en moins financièrement.  Elle a été dévaluée sous le ministère Jospin. Pendant plusieurs années, l'institution a renforcé ses exigences sans contrepartie de reconnaissance. Nombre de conseillers pédagogiques ont quitté la fonction et certains départements ont du mal à recruter. Nous connaissons une crise des vocations.

L'ANCP pendant cette période a renoué des contacts et une relation apaisée avec les organisations syndicales sous l'impulsion dès 2002 de la commission « Evolution de la Profession » pilotée par Marcel Jallet. Elle a renoué des contacts avec les différents Ministères jusqu'à nos jours afin d'obtenir une véritable reconnaissance de notre profession.

Dès le premier mandat de Stephan Brunie, la ligne directrice de l'ANCP a été de se connaître (en diversifiant les moyens de communication ( revue Interface, CD Échanges numériques, Entre-nous, Ancpfl@sh, …), se faire connaître en créant des liens avec d'autres associations professionnelles ou mouvements ( USEP, OCCE, AGEEM, FNAREN, FNAME, …) et se faire reconnaître (en échangeant avec les syndicats de PE et d'IEN, en multipliant les entrevues au ministère, en développant des actions, …) Nous avons obtenu à la rentrée 2014 une revalorisation financière réelle mais bien inférieure à nos légitimes attentes. Accompagnée des organisations syndicales, l'ANCP continue de négocier auprès du ministère une véritable reconnaissance de notre fonction.

Après un fléchissement du nombre de ses adhérents, on constate depuis quelques temps une reprise sensible. L'ANCP a su se restructurer en s'ouvrant aux autres formateurs du premier degré. C'est une idée qui avait été lancée sous la présidence de Florence Janssens, mais qui a mis plusieurs années à se concrétiser. Plus nombreux, nous sommes plus forts.

Les grands défis de l'ANCP ont été d'accompagner toutes les réformes depuis son origine et surtout ces trente dernières années en fonction d'orientations politiques parfois contradictoires et de garder son identité propre : celle d'une association de formateurs au service de l’École. Le mérite de l’ANCP, devenue 2014, ANCP et AF (Association Nationale des Conseillers Pédagogiques et Autres Formateurs) et qui aura 50 ans en 2015, est d’avoir forgé inlassablement non seulement ce qui a construit cette profession, mais également un esprit qu’illustrent les mots si bien choisis par son Président fondateur Edmond JAUNET : « Et c’est sans nul doute cette âme, cette grande solidarité, ce capital inestimable de sympathie et d’affinités qu’il faudra avant tout préserver dans l’avenir ».

André POLLARD - Pierre MARAINE   Présidents d’honneur